« Le Jobastre », tel était le sobriquet, un brin moqueur, choisi par certains habitants de la vallée de l’Ubaye lorsqu’en 1987 Michel Anasse se fait livrer 120 tonnes de pierre chargées sur cinq semi-remorques.
Une fois de plus, il commence à travailler en plein air, équipé d’un outillage vieillissant et déjà bien dégradé par le grand chantier précédent. L’emplacement, contigu à la rivière et au chemin menant à la Frache, permet à chacun de suivre la progression du projet.
Durant plus de deux ans et demi, le voyant trimer 10 à 12 heures par jour, sans discontinuer, qu’il pleuve ou qu’il vente, par -10° ou +40°, l’esprit moqueur se transforme en curiosité, puis en respect.
À force de voir cet homme seul face à « sa » montagne de pierres, dessinant et sculptant des formes rappelant les cimes et les crêtes de « leurs » montagnes, il en devient attachant de part sa ténacité et son obstination.
Ce lieu singulier devient une attraction pour certains passants… Pour d’autres, il est aussi et surtout un lieu d’échange, où l’on vient converser avec Michel, et à l’occasion « taquiner du burin » ; un lieu où chacun, en fonction de son temps, de ses envies, vient participer avec son tracteur, ses bras, sa brouette ou sa boîte d’aquarelle.
Mais, c’est avant tout un chantier, où, l’air de rien, la taille de la sculpture et le volume de pierres ont été multipliés par deux en comparaison du projet de 1981.