Devenu habile tourneur depuis sa rencontre avec Robert Auguste à Vallauris, il travaillait la terre depuis quelques années déjà.
En témoignent les modelages réalisés d’après des croquis conçus et conservés dans de petits carnets, en 1950 à Ménilmontant, puis au cours de ses voyages à travers le pays à la rencontre des céramistes et sculpteurs.
Associant monde fantastique, philosophie et mythologie, il crée des personnages aux multiples facettes, souvent convertis en vases ou en soliflores.
À défaut d’avoir son propre four, il fait cuire ses pièces dans différents ateliers parisiens et sancerrois, révélant ainsi la diversité des émaux et les multiples aspects de ses premiers travaux, de la Faïence au Grès du Berry.
En 1956, à Vallauris, c’est dans un four à bois construit de ses mains qu’il testera et développera, avec Nicole, de multiples combinaisons d’émaux, associant et modifiant à maintes reprises une chimie élaborée par les usines l’Hospied à Golfe-Juan.
Dans le village, aux yeux de la profession, un véritable tourneur est un tourneur de séries, rapide, constant, capable, durant des heures, de produire et d’aligner des centaines de pièces tout identiques à un modèle précis.
Pour Michel Anasse, c’est l’inverse, lorsqu’il monte sur le tour, il est aux antipodes de cette pratique. Chaque pièce doit être unique, ne ressembler en aucun cas à la précédente, quitte à être détruite avant d’atteindre le séchoir.
Les bouteilles sont fines et élégantes, chacune est pensée pour accueillir une fleur en particulier. L’élaboration d’un pichet à vin est méthodique, conçu avant tout en imaginant de subtils breuvages, doté d’un bec verseur irréprochable, tant pour l’usage que pour l’esthétique, de même pour les cafetières et les théières.
Chaque pièce, aux lignes inimitables, devient précieuse par la finesse de ses courbes et l’équilibre de ses formes.
Telle est la règle dans cet atelier, lieu où certains tourneurs souhaitent vivement travailler avec Michel Anasse, ne serait-ce qu’une fois, afin de connaître, par son intermédiaire, l’exercice de leur métier différemment.